Semaine Politique à l'hôtel
Grosse semaine politique à l'hôtel !
Alors que nous voyons se profiler les élections des Gouverneurs, nous en sommes aujourd'hui aux lancements des candidatures. Mercredi la droite d'opposition, vendredi la gauche chaviste et ce samedi le centre-droit d'un ex-gouverneur de l'État. Et puisque l'hôtel ne fait pas de politique, ils sont tous les bienvenus pour leurs campagnes !
Le mercredi, 500 personnes sont arrivés vers 11.00 et se sont installés dans le salon Angostura. Slogan, cris et chansons ! Ambiance sympa, un peu populiste mais sans plus. Les bus sont assez bien garés et il y a bruit du tonnerre avec klaxons et trompettes. Tout se passe comme prévu et les gens s'en vont vers 15.00. Sauf qu'après coup on regarde le salon et on trouve des chaises métalliques pliées, dans les toilettes les lampes sont cassées et on nous a volé les ampoules. Partout on trouve des cadavres de bouteilles de rhum et de whiskey. Les ordures jonchent le sol de tout l'hotel et on retrouve mème une chaise dans la piscine !
Le vendredi c'est au tour du candidat révolutionnaire de faire son meeting. À 8h du mat' arrivent la police, la guardia nacional et les gardes du corps du candidat. Ils demandent à fouiller les chambres qui ont vue sur le salon et commencent à contrôler toutes les entrées et sorties de personnel et clients ! Ça a le don de m'ennerver alors je vais parler avec le capitaine de la guardia pour qu'il respecte un peu plus les clients ! Il s'excuse et me dit qu'il va passer la consigne. Chose qu'il ne fait pas... mais bon ! Vers 11.00 on entend de la musique au loin, gros orquestre sur un camion qui s'approche en caravane suivi d'une floppée de voitures qui klaxonnent. Les gens se garent n'importe comment et la police les aide. D'ailleurs ils mettent des plots pour fermer la rue afin de faire une file en sens unique et l'autre se convertit en parking. Tout le monde se dirige en courrant vers le salon. Il y a au moins le double des participants du mercredi. Après une demi-heure d'impatience, la politico-star n'est toujours pas arrivée donc les gens sortent de l'hôtel et se dirigent à la licorería (vente d'alcool) d'en face et commencent à danser, visiblement éméchés. D'un coup tout le monde balance sa bouteille au sol et se précipite vers le salon: on dit que le candidat arrive. La sécurité (qui revèt de superbes chemises rouge-révolution) éloigne otut le monde et arrive la star du jour. Pendant le discours les gens sortent, entrent, partent, arrivent... bref un gros bazar ! Ça boit de la bière, du rhum (etc) un peu partout et on commence à faire la police vu que la sécurité ne fait rien. Il y a plusieurs bagarre qui éclatent par-ci par-là entre partisans du même bord... bref, un vrai bordel !
Par hasard, je me retrouve nez-à-nez avec un ex-employé de l'hôtel parti travailler dans le bâtiment. Un peu simplet mais honnête, un bon gars en somme. Luís "el negro" me raconte qu'il est là pour signer la feuille de présence qui est ici parce que sinon on va pas lui compter son jour de boulot. Son patron l'a envoyé (obligé) à participer pour pouvoir avoir son salaire. Pourtant c'est jour libre pour eux... C'est pratique courante ici, et pas que des chavistes, on propose de l'argent, de la nourriture et de l'alcool pour qu'il y ait des gens dans les meeting. Et au nombre d'indigènes présents mais indifférents à ce qu'il se dit, j'imagine qu'ils doivent venir sinon ils n'auront pas le droit aux alloc'...
Une fois les partisans partis, même topo que pour le candidat précédent. Un désastre ! On retrouve même du vomi à droite à gauche... sympa ! Lorsque je me dirige vers chez moi, je passe devant l'aéroport en face de l'hôtel et je constate qu'il y a un camion garé et qui distribue des rations alimentaires: un petit plat d'aluminium avec un repas complet et des couverts en plastique. A côté bière et coca-cola (vive "l'empire" haha!). Les indigènes surtout se précipitent sur les rations et la police doit s'employer pour les séparer et organiser la distribution. J'avoue que l'image m'a mis mal à l'aise. J'en ai d'ailleurs pas déjeûné.
Et puis aujourd'hui, le centre-droit. ce mème gars qui m'avait proposé de l'aider dans sa campagne en rejoignant son cabinet. il y a encore plus de monde que les jours précédents. Cette fois-ci on a pas remis les ampoules et on a mis des sacs poubelle partout. Ça marche, un peu... il y a encore plus de bruit et la salle n'est pas assez grande pour contenir tout le monde. Il y a des voitures garées jusqu'à plusieures centaines de mètres (ce qui est rare au Venezuela vu qu'il y a beaucoup d'espace dsiponible, plus qu'en france !). Je remarque que ce candidat est le favori des gens riches puisque les voitures sont de gros 4x4 rutilants et que le bruit est un orquestre qui joue en "live" pendant le meeting. Tout est organisé et la sécurité a collaboré avec notre sécurité.. bref tout idyllique en apparence.
Une fois partis, re-belotte ! papiers, ordures... mais pas de vomi ! Et dans le lobby de l'hôtel se passe quelque chose qui glace le sang: un vieillard vient invectiver le candidat en lui disant que lorsqu'il était gouverneur il y a +10ans, il avait envoyé sa police pour arrêter ses voisins et qu'ils se sont trompé et les policiers présent ont tué ses 4 fils. Les réceptionnistes me racontent que ça a fait un gros scandale puisque c'était une bavure et que la police s'était en effet trompé. le vieillard demande justice et que les responsables soinet jugés. Le candidat s'éloigne sans rien dire, les gardes du corps forment un mur devant le vieillard et l'insulte: "t'es un bouffon c'est tout ce que t'es ! Ça t'amuse de mettre en danger le futur du pays ?? dégage vieux con" etc... le vieux con n'est sûrement pas celui qu'on pense.
Voilà, vous avez en résumé ce qu'est la vie politique ici. Alcool, triche, corruption, impunité, mensonges, populisme, ignorance et vomi !
J'imagine que les français qui liront ça penseront que c'est pas très différent de la France. Et bien SI ça l'est. En France on schématise en disant ça, on accuse, on balance.. et puis les politiques savent maintenir les apparences ! Ici c'est la pure et stricte vérité que tout le monde peut observer au quotidien. Depuis le syndic de co-propriété au Président de la République "tous sont faits du même bois" comme on dit ici !
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