Le Venezuela, pays de la Révolution Socialiste et de tous les contrastes. Ce blog c'est le récit de mon quotidien dans ce pays: je parle de tout, ce qui me fascine ici, mais aussi ce qui m'effraie. Je tente quelques analyses perso alors n'hésitez pas à me faire des commentaires !

09 juillet 2006

Funérailles

En vérité, je ne sais pas à quoi ressemblent des funérailles en France. Je n'ai jamais pu assister aux funérailles des membres de ma famille... j'avoue aujourd'hui que je ne sais pas pourquoi. Mes parents ont-ils souhaité nous préserver, mes frères et moi ? La perte de contact avec certains membres de la famille justifie-t-elle le fait de ne pas m'avertir ? J'en sais trop rien.

Quoi qu'il en soit, étant athée récemment converti à l'agnosticisme, j'observe les comportements des croyants, en essayant de ne pas les juger. Le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est pas facile !

Depuis mon arrivée ici, en décembre dernier, j'ai été confronté 2 fois à des décès de proches. D'une part le grand-père de Zulay 3 jours après mon arrivée, puis hier le chef de la sécurité de l'Hôtel. C'est moi qui l'avait mis à ce poste et je travaillais beaucoup avec lui. Une camaraderie est logiquement née mais elle ne s'est jamais transformée en amitié.

L'enterrement se fait extrêmement rapidement ici. Pour le cas de mon collègue, il est décédé hier dans la matinée et on l'enterre aujourd'hui à 16 heures.

Peu après son décès, il faut vite trouver une funeraria ou on veille le corps pendant une ou deux nuit. Cela permettrait que l'âme puisse quitter l'enveloppe charnelle en toute sécurité, veillée par ses amis, ses parents et collègues qui lui ouvrent le passage direct jusqu'aux Cieux.

Toutes sortes de gens viennent à honorer sa mémoire, parler de l'homme merveilleux qu'il était, rencontrer des amis et cousins qui se sont perdus de vue, renouer des liens... c'est un moment important pour les vivants. Il y a bien sûr les gens qui ne souffrent pas beaucoup et qui prennent note de "qui est qui" et surtout de qui n'est pas venu.

Comme "à l'ancienne", les gens sortent de la funeraria ou bien de l'église (si une messe est donnée en son honneur) et forment un cortège qui porte les nombreuses couronnes et emmènent à pied le cercueil jusqu'au cimetière. Après une courte prière, chacun jette une fleur et salue une dernière fois le corps du défunt.

Après, c'est une longue période de deuil qui commence. Durant 7 jours après l'enterrement, tous les membres de la famille se réunissent dans une maison à 5 heures pour prier ensemble avec la présence d'un curé ou d'un représentant de l'église (Bien souvent, une vieille fille qui squatte le premier banc de l'église fait l'affaire). On y répète la même prière, les 3 mêmes phrases sans arrêt. On se prend par la main et on ferme les yeux. Le maître de cérémonie donne le texte et pendant plus d'une demi-heure les membres de la famille le répètent de plus en plus vite et de plus en plus fort. Beaucoup de larmes sont versées. Après 3 jours on intègre les voisins et qui que ce soit. Tout le monde est bienvenu.

J'ai vu nombre de voisin passer devant la maison pendant cette prière, s'agenouiller et prier pendant 10 secondes. Les voitures s'arrêtent et les gens se signent. C'est assez impressionant.

Puis après cette semaine de deuil intense, on organise cette même cérémonie chaque mois jusqu'à 6 mois. Après on célèbre l'année de disparition et ainsi de suite.

Avec une population à 98% catholique, les venezueliens suivent énormément tous ces rites religieux et ajoutent une note de sorcellerie parfois. La prière répétée à l'infini étourdit ! C'est incroyable, on dirait une messe vaudou... les gens entrent en transe et pleurent encore plus fort que lorsqu'ils étaient face au cercueil. Les mots à la fin ne veulent plus rien dire, on distingue les syllabes mais il est très difficile de reconstituer les mots.

Puis dans le quotidien de chacun, le disparu prend sa place: plus personne n'a le droit de s'asseoir dans le fauteuil du défunt. Chaque fois qu'un membre de la famille se rend compte que quelqu'un emploie une expression du défunt, il se signe et tous les autres en font autant (non sans glisser parfois un "pourquoi qu'est-ce-qu'il a dit ??"). Les photos de lui deviennent icônes qu'on se répartit et chacun fabrique chez soi son petit autel où brûle un cierge.

Je n'ai pas vraiment eu accès à la partie sorcellerie du décès. Mais je sais que par ici, en Guyane vénézuélienne, c'est très répandu. Comme on dit ici, tout le monde est catholique, mais celui qui n'est pas évangélique est sorcier !

J'en parlerai plus tard.

A Hoover Calvani Clark - 55 ans

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