El Clasismo... ou comment s'y croire !

Au Venezuela, il y a des valeurs qui ont malheureusement du mal à disparaître: racisme, sexisme et classisme en sont les fers de lance.
Le racisme n'est pas "organisé" comme en France, où chacun sait plus ou moins qui sont ces huluberlus du FN adorateur de Jeanne la Pucelle et de J-Marie "le cyclope" Le Pen. En France, ils parlent... agissent peu (peut-être car on ne les laisse pas agir!) et cristalisent les colères des esprits les plus pauvres.
Au Venezuela le racisme est beaucoup plus présent, même s'il est relativement difus. C'est à dire qu'il existe une certaine "conscience collective" qui est raciste. Un noir n'a pas besoin d'un blanc pour se sentir inférieur puisqu'il ressent lui-même un profond respect pour le blanc. Les metisses ici (majoritairement dans les campagnes) ne rêvent que d'une chose : se marier avec un blanc pour "améliorer la race" !! Oui... améliorer. J'invente pas, je retranscris.
On a du mal à concevoir que le Président soit un "moreno" (un "brun" = metisse) et quelques semaines après son élection en 1998 assaisonnée de quelques déclarations "olé olé", la inteligenzia blanche lui avait déjà attribué le pseudo de "gorille".
Lorsque je dis que j'ai passé un super séjour, il y a quelques années, à Higuerote (un village côtier du nord du pays) les gens se marrent et d'un sourire moqueur s'étonnent "à Higuerote ??? mais c'est un village de noirs... tu devrais aller à Margarita !".
Je ne veux oublier personne alors pour faire court, je vais mettre en vrac ce que j'entends ici: les chinois (=japonais, thai, chinois, coréens...) sont sales et se reproduisent comme les cafards, les argentins sont arrogants, les européens sont magnifiques mais comme des machines sans sentiments, les africains font pitié, les colombiens sont des voleurs, les "gringos" (= états-uniens) sont les meilleurs mais aussi des impérialistes, les portugais sont boulangers, les galiciens des concierges, les "turcos" (Liban, Turquie, Moyen Orient en général, Maghreb...) sont d'habiles vendeurs qui friment avec des bijoux et de gros 4x4, et j'en passe !
Je précise que selon les livres de géographie, ici le racisme n'existe pas puisqu'il existe un "melting pot" (n'est-ce pas Mme His) qui brasse les éthnies et blablablabla. Les vénézuéliens eux-même jurent que le racisme n'existe qu'en Europe...
Le sexisme est une chose un peu plus normale chez nous aussi. Sauf qu'au boulot les lois de harcèlement sont beaucoup plus vagues... la manière dont l'employée doit PROUVER le harcèlement est extrêmement compliquée. Du coup les hommes ne se gênent pas. Ajoutez à cela le fait que les femmes considèrent comme acquis que l'homme (= sexe masculin) est plus proche de l'animal que la femme et vous vous imaginerez facilement le tableau. J'ai même surpris sur caméra un employé technique en train de peloter une femme de chambre qui se défendait: quand elle baissait la garde il lui pinçait un sein, quand elle lui retirait les mains, il lui mettait la main à l'entre-jambe... et ça faisait rire les gars qui étaient à côté.
Je vois d'ici l'indignation des féministes... sauf qu'encore une fois, la vérité n'est pas aussi simple. Les femmes sont elles-mêmes complices de leur "esclavitude". Comme je le disais plus haut, il est normal que l'homme trompe sa femme, normal qu'il n'arrive pas vierge au mariage, normal qu'il se pinte au rhum tous les jours de la semaine, normal qu'il soit vulgaire, qu'il ne bosse pas et qu'il ne prenne pas soin de lui. En revanche les femmes doivent bosser le jour, s'occuper de la famille, rester le plus mince et belle possible (quite à avoir recours à la chirurgie esthétique), éduquer les enfants, du mari... et tout ça revêt un caractère obligatoire. Sinon c'est une mauvaise épouse/mère/femme.
Mais alors d'où vient leur complicité ? Et bien observons une mère de famille ordinaire avec 2 fils et 2 filles. Les filles apprennent à laver, repasser, balayer, cuisiner, coudre, etc. Elles ne bronchent jamais, ne sortent jamais, doivent être très fortes à l'école et se préparer à être une bonne épouse. Et en guise de grand-méchant-loup, on agite la terrible menace suivante: "si tu ne laves pas la vaisselle, tu ne trouveras jamais de mari !"... déconcertant ! Les garçons, eux, jouent au foot, sortent depuis très jeunes, vont dans des motels pour coucher avec des gamines plus jeunes qu'eux, se pochetronnent tous les week-end, ont plusieurs copines en même temps (ce qui constitue une grande fierté pour la maman et le papa), lancent leurs chaussettes dans le couloir, urinent à côté des WC, à l'occasion insultent leur mère, plantent leurs études et leurs parents de dire "qu'il est beau mon fils ! Mais le truc c'est qu'il est un peu feignant, il faut parfois le pousser... mais il faut lui pardonner car ça n'a pas été facile pour lui."... Ahurissant ! Mais ça se passe comme ça ici...
Espérons juste que les jeunes vont inverser la vapeur. De toutes façons, il arrivera un moment où les femmes super-diplomées vont de révolter face à leurs glandeurs de maris. Enfin, il ne reste qu'à espérer. parce que la tendance icic, c'est plutôt: "il faut que je m'opère des seins car mon mari ne me fait plus l'amour... je crois qu'il a une maîtresse ! Alors pour le garder, je vais employer les grands moyens." Triste.
En ce qui concerne le classisme, rien à voir avec Ronsard et Du Bellay. Le classisme est une notion qui a la dent dure par ici. En quelques mots, celui qui bosse dans un bureau est supérieur à celui qui bosse dans la rue. Celui qui a une voiture de sport est supérieur à celui qui marche. Celui qui est plus ou moins chef d'un secteur de sa boîte se dit directeur d'un département. Le concierge de la Mairie se considère comme un cadre et parle aux autres comme s'ils étaient des débiles mentaux.
Et là, à l'heure à laquelle j'écris, je sors tout juste d'un entretien avec la chef du personnel de l'hôtel. je retranscris l'entretien avec cette personne que j'appellerai María:
- María, on vient de me dire que suite à mon ordre de faire signer tout le monde à l'entrée et à la sortie de l'hôtel, seul le département administration ne signe rien. Y'a-t-il une explication à cela?
- Écoutez, dit-elle en me regardant par dessus ses lunettes, les règles qui s'appliquent aux ouvriers ne sont pas les mêmes que celles qui s'appliquent à l'administration. Donc...
- ... mais si ! Quand on établit une nouvelle règle María, on l'établit pour tout le monde. Et l'administration n'est pas au-dessus des autres employés de l'hôtel !
- Écoutez Gaël, elle reprend son air de "je t'enseigne, écoute moi attentivement", ici les choses ne sont pas comme cela. Il existe une chose qui s'appelle la hiérarchie dans l'hôtel. Et nous, à l'administration ne subissons pas le même traitement que les... (elle hésite)... "ouvriers" de l'hôtel.
- Là je sens la moutarde me monter au nez... Non María, non et non ! Il n'existe aucun lien de hiérarchie antre l'administration et le reste des employés !!! L'administration est une partie d'une mécanique bien huilée qu'est une entreprise, et toutes les rouages sont importants ! Il n'existe AU-CUN lien de HIÉ-RAR-CHIE entre l'administration et le reste des employés. S'il te plait, fais une fiche de pointage pour l'administration.
- Ce qu'il se passe Gaël, c'est que vous ne connaissez pas encore les membres de l'administration, c'est pour ça... Et il ne faut pas se laisser emporter et accéder à toutes les demandes des ouvriers de l'hôtel ! Ce qu'il faut faire c'est...
- OK, María, mais fais-moi cette fiche s'il te plait. C'est un ordre venant de moi, un point c'est tout.
Bon voilà en somme ce que peut donner une conversation avec un pachyderme* qui va me demander beaucoup de boulot. Mais je finirai par avoir sa peau !! :o)
Et le pire, c'est que cette idée est répandue parmi les employés de la réception, de l'administration, du département événementiel etc... Toutes ces "cravates" se croient d'une part "intouchables" et d'autre part ne se mélangent pas avec la "plèbe" allant jusqu'à ne pas manger avec eux !
Des fois que la condition d'ouvrier soit contagieuse...
* J'apprends en lisant le blog de Gaël: Pachyderme ne veut pas dire éléphant, rhino ou popotame... mais se réfère plutôt aux animaux qui ont la peau très-très épaisse. Ce qui englobe également l'éléphant, le rhino et le popotame ! :o)
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