Le Venezuela, pays de la Révolution Socialiste et de tous les contrastes. Ce blog c'est le récit de mon quotidien dans ce pays: je parle de tout, ce qui me fascine ici, mais aussi ce qui m'effraie. Je tente quelques analyses perso alors n'hésitez pas à me faire des commentaires !

30 mars 2006

8 pattes


Voilà une des choses que je redoutais en arrivant ici. On a beau se dire que les documentaires exgèrent tout, que les films américains s'adressent aux gogols, que "ça n'arrive jamais"... je suis venu avec un peu d'appréhension quant aux insectes et bestioles du style.

J'ai déjà évoqué les cafards qui sont bien dégueux... mais là c'est le ponpon !

En passant dans un couloir de l'hôtel, je remarque une première fois une tâche en haut d'un mur, proche du faux-plafond. Je continue a marcher et jette un coup d'oeil derrière moi, comme si quelque-chose m'intrigait dans cette tâche (et pourtant, y'en a un paquet dans l'hôtel).

Bien vu Gaël, la tâche bouge d'un petit centimètre à peine ! Je regardede plus près et je me trouve face à face avec une tarentule !!! Alors là trois solutions se posaient à moi :

1/ hurler et affoler tout le monde
2/ paniquer et appeler une femme de chambre pour la tuer
3/ prendre mon courage à deux mains et la tuer avec ma chaussure

nb. : réponse à la fin

Bon faut pas dramatiser. Tout le monde avait l'air aussi horrifié que moi, ce qui prouve que c'est relativement exceptionnel. Chez nous on trouve bien des vipères, des scorpions (dans le sud) et d'autres trucs pas très cleans non plus ! Faut juste savoir s'adapter. Au lieu d'une araignée classique, ici c'est une bestiole poilue et plus grande. Mais la manière de tuer c'te truc là... ça reste la chaussure et la vitesse.

Donc, chers amis et famille qui me rendrez visite pour mon mariage, je vous informe que ça peut arriver. Même si Zulay me dit qu'elle n'en a jamais vu en 26 ans ! Ceci dit, je suis à peu près sûr que personne du côté de Lille n'a vu de scorpion de sa vie, alors que dans le sud, ça grouille !

Voilà, encore un animal qui vient gonfler la liste des animaux vénézuéliens à très mauvaise réputation et qui nous effraie car on ignore tout d'eux ! Dommage que la photo ci-dessus ne soit pas de moi, la bestiole était presque identique.

Réponse: pour avoir la réponse, clique sur commentaire...

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18 mars 2006

Le distributeur


Depuis que je suis arrivé, j'ai entendu un nombre incalculable d'histoire sur les distributeurs automatiques de billets.

Il faut dire que j'avais déjà été victime d'un dysfonctionnement il y a 8 ans lors de mon premier voyage (une opération annulée mais débitée), mais qu'à part cela, mon imagination s'arrêtait à ce que TF1 nous a montré sur les roumains qui volent les cartes de crédit.

Ici donc il existe de faux distributeurs, de fausses façades de distributeurs, micro-camera, le pistolet sur la tempe, le gars qui aide et échange la carte, etc... Et la réponse des banques a été de prendre quelques mesures:

- d'abord, on insère la carte bancaire et elle ressort aussitôt, AVANT l'introduction du code
- ensuite, il y a souvent une cabane blindée de vigil à côté
- enfin, ils éteignent certains distributeurs la nuit (comme dirait je ne sais plus qui, "on a jamais vu quelqu'un tirer 200$ à 3h00 du mat' pour faire quelque chose de sain...")

Bref... tirer de l'argent peut être une opération risquée si on est pas sur ses gardes. Oui mais des fois c'est la banque qui fait n'importe quoi !

Il y a donc 2 jours je suis allé retirer 200.000 bolívars (au fait, je suis millionnaire pour la première fois de ma vie !!) qui équivalent environ à 70€ (oui, bon.. j'ai dit millionnaire, pas riche !) et en regardant la photo vous comprendrez ma colère...

200.000 Bolívars en billets de 5.000 Bs = 40 billets !!! Mon porte-feuille ne pouvait pas contenir autant de billet. Dans le genre discret.... on peut faire mieux ! En plus la banque est adçante à une licorería (un endroit où on vend de l'alcool et en face duquel tout le monde vient se pinter).

Comble de tout... regardez le slogan (le baseline pour les ISCOM) sur le ticket. Il dit : "Corp Bank, la banque intelligente".

Sans commentaire !

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15 mars 2006

Las Toninas






Les Toninas sont donc ces fameux dauphins de l'Orénoque.

Dauphins d'eau douce, les toninas ont dans la mythologie indigène amazonienne le rôle des sirènes chères aux marins des 4 coins du monde.

D'autres légendes disent qu'à chaque éclipse de lune, la plus belle vierge de la tribu se tranforme en tonina en va séduire le chef de la tribu adverse. Puis elle le dévore.

Enfin, les toninas étaient perçues comme des dieux protecteurs par les indigènes du Delta de l'Orénoque qui furent témoins de luttes épiques entre crocodiles et dauphins venus à la rescousse des chasseurs en difficulté.

Ces photos ont été prises il y a peu, par un touriste belge hébergé dans l'hôtel où je bosse. Observez un peu les différences avec les dauphins "communs" : peau rosée sur le ventre, aileron supérieur plus court et franchement encore plus joueurs que leurs cousins des caraïbes !

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Dauphins de l'Orénoque

















Le lundi 27 février, sur le Paseo Orinoco (la promenade de l'Orénoque, là où j'habite), le carnaval battait son plein quand soudain une partie des enfants présents se mirent à courir vers la barrière qui les séparaient du fleuve .

Deux toninas (dauphins de l'Orénoque) étaient en train de jouer dans l'eau. Apparaissant par-ci par-là et nous offrants quelques sauts de temps en temps.

J'ai bien eu du mal a faire mes photos tellement l'endroit d'où ils jailliraient était imprévisible. Mais voici le résultat de ces 5 minutes de bonheur.

J'adore ce fleuve.

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07 mars 2006

Vive la liberté de la presse...















Reporters sans Frontières vient de faire un sérieux ramdam dans le pays en écrivant une lettre ouverte au Gouvernement Vénézuelien, ou pour être plus précis au Ministère de l'Information.

Tout le monde commente cette lettre et selon les opinions, il s'agit "d'ingérence dans des affaires qui ne les concernent pas" ou bien d'une "opinion sage de gens qui savent de quoi ils parlent".

Je vous laisse lire la lettre, et je vais vous épargner l'explication de ce qu'il se passe ici car ce serait trop long, en plus de trop compliqué pour moi ! C'est juste que l'occasion était trop bonne pour ne pas parler de la presse qui réclame tellement ses droits...

En images ci-dessus vous trouverez 2 titres et un article assez incroyables pour illustrer un peu ce que peut être la presse (locale dans ces 2 cas là) puis nous parlerons un peu de leur "oppression".

Je traduis le grand titre (avec la photo du mort) puis l'article qui s'y rapporte:

"FOU DE RAGE, IL L'A TUÉ

Carlos Ospino (59 ans) avait gardé pour le fils de son chef Rafael Antonio Sánchez (40 ans) un forte haine depuis le jour où ils eurent une grande dispute parce que l'homme, selon ses dires, l'avait humilié. Dans la matinée du 24 décembre, il avait bu tellement d'alcool que son esprit ne fut pas capable de contrôler ses passions. Rempli de rage, il ne pensa pas et ouvrit le fut sur Sánchez qui mourrut sur le coup. Il sortit de la ferme située à Viboral et divaga dans toute la ville jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il devait se rendre aux autorités. Il est allé à la Fiscalia et admit son crime.
Maintenant il devra payer pour le délit d'homicide, on l'enfermera a la Pica (une grande prison ici) et il regrettera sûrement beaucoup son geste, mais il sera trop tard, parce que le mal est fait."

Wow.. ça c'est de la presse non ? On attendrait presque le prochain épisode ! C'est raconté avec tellement de classe, de professionalisme et de talent. J'en reste bouche bée, pas vous ?

"Bon, ok.. la presse est nulle, mais c'est pas pour ça qu'on a le droit de l'opprimer, elle fait pas de mal après tout" êtes vous en droit de me dire après ce premier article. Avant de vous répondre, voici de quoi traite le second titre:

"La circonsicion évite le Sida: Le prépuce agit comme barrière pour le virus"

Si quelqu'un comprend quelque chose à ce titre et/ou n'est pas scandalisé de lire des âneries pareilles dans un journal, qu'il me fasse signe... quel scandale vraiment !

On peut lire à l'intérieur du journal que des études menées à Madagascar par des scientifiques français et américains ont pu prouver que le taux d'infection des hommes à comportement à risque mais circoncis est de 20% inférieur à celui de la même population qui ont encore leur prépuce. Donc si on donne du crédit à des scientifiques partis à Madagascar faire de la recherche, on devrait titrer que "la circoncision diminurait les risques d'infection par le VIH". Et l'annonce en dessous devrait dire que "le prépuce faciliterait l'infection".

Mais l'explication scientifique reste somme toute assez vaseuse... il semblerait que le prépuce de par son manque d'hygiène garde les virus plus longtemps et ainsi augmente les chances du VIH d'infecter un sujet. Je suis pas chercheur au CNRS de Madagascar, mais je suis prêt à parier que le fait d'alonger la période d'exposition à un virus augmente statistiquement les chances d'infection... donc pour faire un effet d'annonce (il faut savoir que nombre de scientifiques sont payés "à la publication" d'où le nombre d'âneries rendues publiques), je pourrais annoncer au monde entier que les femmes les plus chaudes sont un facteur important de propagation du virus ! Enfermez-les, tondez-les et brûlez-les ! C'est une fois de plus la faute des femmes...

Quelle misère je vous dis... quelle irresponsabilité, quelle bêtise !

Revenons à cette lettre et à l'appui de Reporters sans Frontières à la presse nationale. Les GO de ce méga syndicat de la presse ont oublié de dire pourquoi une loi de responsabilité sociale avait été votée. Il est facile de critiquer et dénoncer une loi en pensant qu'il s'agit d'un état d'esprit. Mais une loi c'est juste un outil, un même personnage peut s'en servir pour faire le bien ou le mal. La presse vénézuelienne totalement opposée au régime en place (pseudo-anarchie/démocracie autoritaire/laxiste... pas compris? bah essayez...) :
  • se permettait d'insulter le Président à la TV, en live...
  • se permettait de passer gratuitement des campagnes de l'opposition et refusait celles du gouvernement...
  • se permettait de passer des scènes au ralenti où la police donnait des coups dans les manifs avec une musique suggérant l'oppression du peuple (voire l'hymne national)...
  • fabriquait des martyrs de toutes pièces...
  • se permettait de donner des informations erronées sans les vérifier...
  • lançait des rumeurs et des ragots sans les démentir...
  • copiait les infos CNN et les relatait comme si CNN était une agence de presse...
  • incitait à la révolte en mentant sur les infos... (le jour le plus noir de la grande grève qui paralysa le pays pendant 6 mois, des individus probablement favorables au président ont ouvert le feu sur la foule, tuant d'abord une fillette de 7 ans... chose qui a envenimé les débats et qui a occasionné les autres victimes. On avait eu son nom, sa photo et un témoignage de ses proches... mais en fait la fille avait 17 ans et ce n'était pas les bons parents. Bah, 7 ans ça ennerve plus non ? 17 c'est dommage... 7 c'est horrible !)
  • profitait de la corruption pour obtenir des informations et empêcher le bon fonctionnement de la justice...
Bref... elle faisait tout ce qu'elle voulait cette presse, sauf son travail. Ne nous trompons pas, le gouvernement aussi a répondu avec les mêmes armes. Pendant ce jour noir de la grève, le Président était gentiment assis à son bureau et affirmait que tout était calme et qu'il n'y avait que quelques centaines de personnes dans les rues. Pour faire cela il a utilisé son droit à l'image en confisquant tous les signaux des chaînes. Pour augmenter encore un peu la tension, certains canaux diffusaient sur le même écran le Président qui calmait le jeu à gauche et la foule (impressionante... des kilomètres de gens) qui voulait son départ à droite.

Alors une fois que tout s'est calmé, une loi est arrivée. La loi de responsabilité sociale de la presse. Comme vous avez pu le constater plus haut, cette loi n'est hélas toujours pas appliquée à 100% et la presse en fait son cheval de bataille. Restant une fois de plus aveugle aux réels problèmes des gens ici. Ses seuls intérêts étant sa liberté, ses droits et ses privilèges...

Je n'ai franchement jamais vu une presse aussi pourrie. Déontologie ?

Déontologie, n. f. : Ensemble des règles morales et des devoirs d'une profession. Les journalistes français se doivent de respecter une “Charte des devoirs professionnels”, rédigée en 1918 par un syndicat des journalistes alors naissant.
(http://www.culture.gouv.fr/culture/dglf/clemi/definitions.htm)

Un siècle bientôt ! c'est là le retard de la presse ici. Un siècle...

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03 mars 2006

Le Visa renouvelé











C'est fait ! C'était même assez simple... il m'a suffit de passer une minute au Brésil pour qu'on me tamponne le passeport et que mon visa de tourisme soit à nouveau valable 3 mois.

Le côté épique de ce voyage aura été le voyage en lui même ! Je me disais que franchir La Gran Sabana être tout aussi palpitant que la première fois que je l'avais vue.

78.000 km2 de beauté naturelle, où l'homme n'existe sous forme indigène, où on trouve Piranhas, Caïmans, Anacondas mais aussi Toucans, Guacamayas et Morocoy ! Sir Arthur Conan Doyle avait tellement été impressionné par cette région du globe alors inexplorée, qu'il s'est mis à fantasmer et à rêver que si la terre avait été victime d'un raz de marée ou d'une quelconque catastrophe, il y aurait une probabilité énorme de trouver de la vie préhistorique au sommet des Tepuys de la région ! Il en tira un roman "le Monde Perdu". Roman qui fut d'ailleurs pillé il y a peu pour les besoins de Hollywood et Jurrassic Parc...

Mais en fait, la faune la plus sauvage que j'ai recontré était avec moi dans le bus ! A chaque arrêt du bus (pourtant de luxe, 2 étages, clim, DVD, vue panoramique, etc..) montaient de plus en plus de zozos qui sortaient du Carnaval del Callao (un des plus célébre du Venezuela) !

Alors que je m'assoupissais enfin, montent une bande de gars fin bourrés et un gamin d'une quinzaine d'années s'assied à côté de moi. Il ne me salue pas, mais prend sa couverture (oui la clim est tellement à fond, que tout le monde utilise une couverture), met le siège en position couchée et pose sa tête sur mon bras. Avant de s'endormir, il pousse un grand soupir... et là HORREUR !!! Il pue l'alcool, l'urine et l'haleine de chacal ! C'est parfaitement ignoble. J'ai beau me cacher sous ma couverture pour éviter de sentir les effluves, rien n'y fait... je ferme les yeux et j'essaie de me concentrer mais il souffle à nouveau son haleine de bouc.

J'ai donc passé la première partie de la nuit comme cela. La première... car la deuxième partie de la nuit fut rythmée par les contrôles de police ! Merveilleux... Je vous résume un des 4 contrôles de la nuit.

Le bus fonce, lumières éteintes et les seuls bruit qu'on perçoit sont le roulis du bus et bien sûr les ronflements des alcoolos ici présents. Le bus ralentit, fait mine de se garer et allume brusquement les lumières blanches tout en ouvrant ses portes. Tout le monde se cache sous la couverture et râle un truc du genre "gmfl..mmjug !!". Mais personne ne bouge. Je reste donc à ma place quand un militaire armé d'un M16 monte à notre étage du bus et crie "tout le monde prend son sac, descend du bus, attrape sa valise et passe au contrôle des papiers !". La moitié des gens se cachent encore plus sous la couverture. L'autre moitié obéit tout en maudissant ces maudits militaires avec leurs maudits contrôles dans leur maudite campagne ou ils s'ennuient comme des maudits rats crevés... mais bon, on descend. 7 ouvertures de valises plus tard, c'est mon tour. On regarde mon passeport et on me demande où est mon visa.
- J'en ai pas, j'en ai pas beoin car je suis français.. c'est juste un tampon... voilà celui là...
- français ? de France ?
Ça peut paraître idiot, mais à cette heure là de la nuit, la question était pas si mauvaise... étaient-ce les vapeurs d'alcool ou bien le sommeil qui m'accablait ? Quoiqu'il en soit j'ai hésité avant de lui répondre
- oui de France.
- quelle ville ?
Là je reprends mes esprits... c'était ni l'alcool ni le sommeil. Juste le M16 qu'il avait au bras. Mais je décide de m'amuser un peu quand même.
- né à Senlis et récemment domicilié à Mondragon, à côté de Vaison la Romaine. Vous êtes déjà allé en France ?
- non. Merci.
Il me rend mon passeport et je remonte dans le bus. Je me rends compte alors que mon alcoolo de voisin n'était même pas descendu... que tout le monde a laissé au moins un sac en haut et que les militaires n'ont pas vérifié le bus. Bien joué l'armée ! À ce que je vois, chez eux aussi on prend les plus fûtés pour en faire des militaires, quelle perte de matière grise !

Bref, en arrivant à Sta Elena de Uairen, je prends un taxi qui m'accompagne jusqu'à la frontière. Je passe un coup de fil à un ami qui a proposé de m'aider et je parle à la madame de l'immigration. Quand je nomme mon ami, elle me sourit et m'assure que tout va bien se passer. Elle tamponne mon passeport et me dit de faire de même au Brésil. Je passe à pied au Brésil et demande de tamponner "entrée et sortie". La femme qui ne parle pas espagnol (eh beh... ils veulent faire comme l'europe en amérique du sud, mais c'est pas gagné !) me suggère de revenir un jour visiter le Brésil. "oui, oui c'est promis !" lui lançais-je tout en me dépêchant de repasser au Venezuela. On me retamponne le passeport et me voici à nouveau légal pendant 90 jours.

De retour au terminal, je dévisage tous les gugus qui s'approchent de mon bus ! Hors de question de me taper 12 heures de bus à côté d'un sauvage. Je repère une fille décente et me dis que je vais m'asseoir à côté d'elle pour éviter un voisin bizarroïde. Quand je monte dans le bus, elle est là. Elle met 5 minutes à s'installer. Je me dis que je vais lui demander directement si je peux m'asseoir ici, mais quand je regarde autour de moi, je me rends compte que le bus est plein à...5% ! Et tout d'un coup je vois la scène:
- Mam'zelle je peux m'asseoir ici ? (avec l'accent français bien sûr)
- euh... (en scrutant le bus)... y'a plein d'autres places !
- oui mais je veux pas m'asseoir à côté de quelqu'un de bizarre
- oui, mais le bizarre c'est vous là...
C'est vrai, le bizarre sur le coup c'est moi. Alors je laisse tomber et direction l'arrière du bus en priant pour qu'on ne s'arrête pas beaucoup. Je suis tellement gêné face à une femme/fille que je ne connais pas, que cette scène se répête toujours au moment de l'aborder. Même sans intention...

Je ne sais pas combien de temps passa avant que le bus ne s'arrête une première fois. Montent des gens normaux et je me rend compte que le carnaval est bel et bien fini. OUF!

On regarde un film, et arrive un contrôle de police, puis un deuxième film et un deuxième contrôle, puis pendant le troisième film nous nous arrêtons dans un bled paumé qui répond au doux nom d'"El Dorado". Wow, j'ai trouvé l'El Dorado ! Depuis le temps que j'en rêvais... Esteban, Zia et Tao peuvent aller se coucher, El Dorado c'est juste un bled paumé au Venezuela. Enfin pas si paumé puisqu'il abrite la prison la plus célèbre ici.. leur Alcatraz à eux ! Je vois par la fenêtre une fille habillé d'une manière très vulgaire (non non pas une péripapéticienne... juste une fille vulgaire) qui partage une bière avec un boucher. Enfin, j'en conclue qu'il est boucher puisque ses vêtements sont tâchés de sang des pieds à la tête.

nb. il aurait pu aussi être un serial killer échappé de la prison... le film du bus étant Doom, j'aurai pu y penser... mais non, je le regardais à travers la vitre comme si c'était l'écran de TV.

Puis je referme mon rideau et j'entends un gars crier et rigolant et montant dans le bus. C'était notre boucher... et il n'y avait presque plus de place dans le bus ! Il monte avec sa pouff' qui rigole comme une bécasse à chacun de ses rots et ils s'assoient derrière moi. C'est pas possible... son odeur de viande morte envahit le bus. Tout le monde pose un mouchoir sur le nez et le gars continue à roter tout en hurlant au téléphone que son camion est en panne et qu'il prend le bus.

Qu'est-ce que j'ai pu bien faire dans une vie antérieure pour mériter ça ??? Ajoutez à cela qu'à environ 2 heures de mon terminus, est montée une femme noire énooooorme qui m'a plaqué contre la fenêtre et vous aurez une idée du reste de mon voyage. Ceci dit la dame m'empêchait de respirer la puanteur du boucher de derrière et son parfum (un genre de Angel -Mugler- de supermarché) a presque adoucit l'odeur de tripes...

On m'a libéré 2 heures plus tard. En 30 heures, j'en ai passé 24 dans un bus, 20 a me boucher le nez, 16 à prier pour qu'on me foute la paix, 12 à prier pour qu'on arrive, 8 pour que personne monte dans le bus, 6 à regarder des films pourris, 4 à rêver d'avoir ma propre voiture, 1 à me demander comment je tuerais quelqu'un si l'occasion se présentait...


Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port,
Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,
Les plus épouvantés reprenaient de courage !
J'en cache les deux tiers, aussitôt qu'arrivés,
Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés ;
Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure,
Brûlant d'impatience, autour de moi demeure,
Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit
Passe une bonne part d'une si belle nuit.

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