

C'est fait ! C'était même assez simple... il m'a suffit de passer une minute au Brésil pour qu'on me tamponne le passeport et que mon visa de tourisme soit à nouveau valable 3 mois.
Le côté épique de ce voyage aura été le voyage en lui même ! Je me disais que franchir
La Gran Sabana être tout aussi palpitant que la première fois que je l'avais vue.
78.000 km2 de beauté naturelle, où l'homme n'existe sous forme indigène, où on trouve
Piranhas,
Caïmans,
Anacondas mais aussi
Toucans,
Guacamayas et
Morocoy ! Sir Arthur Conan Doyle avait tellement été impressionné par cette région du globe alors inexplorée, qu'il s'est mis à fantasmer et à rêver que si la terre avait été victime d'un raz de marée ou d'une quelconque catastrophe, il y aurait une probabilité énorme de trouver de la vie préhistorique au sommet des
Tepuys de la région ! Il en tira un roman "le Monde Perdu". Roman qui fut d'ailleurs pillé il y a peu pour les besoins de Hollywood et Jurrassic Parc...
Mais en fait, la faune la plus sauvage que j'ai recontré était avec moi dans le bus ! A chaque arrêt du bus (pourtant de luxe, 2 étages, clim, DVD, vue panoramique, etc..) montaient de plus en plus de zozos qui sortaient du
Carnaval del Callao (un des plus célébre du Venezuela) !
Alors que je m'assoupissais enfin, montent une bande de gars fin bourrés et un gamin d'une quinzaine d'années s'assied à côté de moi. Il ne me salue pas, mais prend sa couverture (oui la clim est tellement à fond, que tout le monde utilise une couverture), met le siège en position couchée et pose sa tête sur mon bras. Avant de s'endormir, il pousse un grand soupir... et là HORREUR !!! Il pue l'alcool, l'urine et l'haleine de chacal ! C'est parfaitement ignoble. J'ai beau me cacher sous ma couverture pour éviter de sentir les effluves, rien n'y fait... je ferme les yeux et j'essaie de me concentrer mais il souffle à nouveau son haleine de bouc.
J'ai donc passé la première partie de la nuit comme cela. La première... car la deuxième partie de la nuit fut rythmée par les contrôles de police ! Merveilleux... Je vous résume un des 4 contrôles de la nuit.
Le bus fonce, lumières éteintes et les seuls bruit qu'on perçoit sont le roulis du bus et bien sûr les ronflements des alcoolos ici présents. Le bus ralentit, fait mine de se garer et allume brusquement les lumières blanches tout en ouvrant ses portes. Tout le monde se cache sous la couverture et râle un truc du genre "gmfl..mmjug !!". Mais personne ne bouge. Je reste donc à ma place quand un militaire armé d'un M16 monte à notre étage du bus et crie "tout le monde prend son sac, descend du bus, attrape sa valise et passe au contrôle des papiers !". La moitié des gens se cachent encore plus sous la couverture. L'autre moitié obéit tout en maudissant ces maudits militaires avec leurs maudits contrôles dans leur maudite campagne ou ils s'ennuient comme des maudits rats crevés... mais bon, on descend. 7 ouvertures de valises plus tard, c'est mon tour. On regarde mon passeport et on me demande où est mon visa.
- J'en ai pas, j'en ai pas beoin car je suis français.. c'est juste un tampon... voilà celui là...- français ? de France ?Ça peut paraître idiot, mais à cette heure là de la nuit, la question était pas si mauvaise... étaient-ce les vapeurs d'alcool ou bien le sommeil qui m'accablait ? Quoiqu'il en soit j'ai hésité avant de lui répondre
- oui de France.- quelle ville ?Là je reprends mes esprits... c'était ni l'alcool ni le sommeil. Juste le M16 qu'il avait au bras. Mais je décide de m'amuser un peu quand même.
- né à Senlis et récemment domicilié à Mondragon, à côté de Vaison la Romaine. Vous êtes déjà allé en France ?- non. Merci.Il me rend mon passeport et je remonte dans le bus. Je me rends compte alors que mon alcoolo de voisin n'était même pas descendu... que tout le monde a laissé au moins un sac en haut et que les militaires n'ont pas vérifié le bus. Bien joué l'armée ! À ce que je vois, chez eux aussi on prend les plus fûtés pour en faire des militaires, quelle perte de matière grise !
Bref, en arrivant à Sta Elena de Uairen, je prends un taxi qui m'accompagne jusqu'à la frontière. Je passe un coup de fil à un ami qui a proposé de m'aider et je parle à la madame de l'immigration. Quand je nomme mon ami, elle me sourit et m'assure que tout va bien se passer. Elle tamponne mon passeport et me dit de faire de même au Brésil. Je passe à pied au Brésil et demande de tamponner "entrée et sortie". La femme qui ne parle pas espagnol (eh beh... ils veulent faire comme l'europe en amérique du sud, mais c'est pas gagné !) me suggère de revenir un jour visiter le Brésil. "oui, oui c'est promis !" lui lançais-je tout en me dépêchant de repasser au Venezuela. On me retamponne le passeport et me voici à nouveau légal pendant 90 jours.
De retour au terminal, je dévisage tous les gugus qui s'approchent de
mon bus ! Hors de question de me taper 12 heures de bus à côté d'un sauvage. Je repère une fille décente et me dis que je vais m'asseoir à côté d'elle pour éviter un voisin bizarroïde. Quand je monte dans le bus, elle est là. Elle met 5 minutes à s'installer. Je me dis que je vais lui demander directement si je peux m'asseoir ici, mais quand je regarde autour de moi, je me rends compte que le bus est plein à...5% ! Et tout d'un coup je vois la scène:
- Mam'zelle je peux m'asseoir ici ? (avec l'accent français bien sûr)- euh... (en scrutant le bus)... y'a plein d'autres places !- oui mais je veux pas m'asseoir à côté de quelqu'un de bizarre- oui, mais le bizarre c'est vous là...C'est vrai, le bizarre sur le coup c'est moi. Alors je laisse tomber et direction l'arrière du bus en priant pour qu'on ne s'arrête pas beaucoup. Je suis tellement gêné face à une femme/fille que je ne connais pas, que cette scène se répête toujours au moment de l'aborder. Même sans intention...
Je ne sais pas combien de temps passa avant que le bus ne s'arrête une première fois. Montent des gens normaux et je me rend compte que le carnaval est bel et bien fini. OUF!
On regarde un film, et arrive un contrôle de police, puis un deuxième film et un deuxième contrôle, puis pendant le troisième film nous nous arrêtons dans un bled paumé qui répond au doux nom d'"El Dorado". Wow, j'ai trouvé l'El Dorado ! Depuis le temps que j'en rêvais... Esteban, Zia et Tao peuvent aller se coucher, El Dorado c'est juste un bled paumé au Venezuela. Enfin pas si paumé puisqu'il abrite la prison la plus célèbre ici.. leur Alcatraz à eux ! Je vois par la fenêtre une fille habillé d'une manière très vulgaire (non non pas une péripapéticienne... juste une fille vulgaire) qui partage une bière avec un boucher. Enfin, j'en conclue qu'il est boucher puisque ses vêtements sont tâchés de sang des pieds à la tête.
nb. il aurait pu aussi être un serial killer échappé de la prison... le film du bus étant Doom, j'aurai pu y penser... mais non, je le regardais à travers la vitre comme si c'était l'écran de TV.
Puis je referme mon rideau et j'entends un gars crier et rigolant et montant dans le bus. C'était notre boucher... et il n'y avait presque plus de place dans le bus ! Il monte avec sa pouff' qui rigole comme une bécasse à chacun de ses rots et ils s'assoient derrière moi. C'est pas possible... son odeur de viande morte envahit le bus. Tout le monde pose un mouchoir sur le nez et le gars continue à roter tout en hurlant au téléphone que son camion est en panne et qu'il prend le bus.
Qu'est-ce que j'ai pu bien faire dans une vie antérieure pour mériter ça ??? Ajoutez à cela qu'à environ 2 heures de mon terminus, est montée une femme noire énooooorme qui m'a plaqué contre la fenêtre et vous aurez une idée du reste de mon voyage. Ceci dit la dame m'empêchait de respirer la puanteur du boucher de derrière et son parfum (un genre de Angel -Mugler- de supermarché) a presque adoucit l'odeur de tripes...
On m'a libéré 2 heures plus tard. En 30 heures, j'en ai passé 24 dans un bus, 20 a me boucher le nez, 16 à prier pour qu'on me foute la paix, 12 à prier pour qu'on arrive, 8 pour que personne monte dans le bus, 6 à regarder des films pourris, 4 à rêver d'avoir ma propre voiture, 1 à me demander comment je tuerais quelqu'un si l'occasion se présentait...
Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port,
Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,
Les plus épouvantés reprenaient de courage !
J'en cache les deux tiers, aussitôt qu'arrivés,
Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés ;
Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure,
Brûlant d'impatience, autour de moi demeure,
Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit
Passe une bonne part d'une si belle nuit.
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