Le Venezuela, pays de la Révolution Socialiste et de tous les contrastes. Ce blog c'est le récit de mon quotidien dans ce pays: je parle de tout, ce qui me fascine ici, mais aussi ce qui m'effraie. Je tente quelques analyses perso alors n'hésitez pas à me faire des commentaires !

23 février 2006

... mais la guerre est longue !

Oh qu'elle est longue la guerre ici...

Le soir même de ma prise de fonctions à l'Hôtel, je disais à Zulay que tout se passait tellement à merveille, que c'en était surprenant. Je ne m'attendais pas à un tel succès en si peu de temps. Ça ne ressemble pas au Venezuela ça... normalement il faut lutter pour obtenir de grandes choses. Là nous n'avions qu'à tendre les bras et tout nous arrive sans le demander vraiment !

Mais ça c'était jusqu'à avant-hier ! Revers de la médaille oblige non ?!

Avant hier donc je décide de me dépêcher de faire mes papiers pour pouvoir rester un an au Venezuela. Ici la loi n'interdit pas d'employer des étrangers, il n'y a quasiment aucun contrôle. Donc Zulay et moi reprenons cette page internet de la DIEX (le ministère des étrangers en somme) où figurent les documents nécessaires à la modification du Visa Tourisme (si,si, ici c'est possible !) en Visa Transeúnte qui donne droit à la résidence pdt 1 an. La liste est la suivante :
  • un passeport valide au moins 90 jours après la demande
  • Quand le fonctionnaire le jugera nécessaire il pourra également demander : une offre d'emploi, le visa en cours, le tampon d'entrée dans le pays, une carte de motivation notariée, un timbre fiscal.
Armé de ces quelques documents ainsi que de quelques autres (on sait jamais ici) je me dirige vers la DIEX de ma ville. Quand j'arrive la queue arrive jusque dehors et toutes les queues se réunisse en une seule. Les gens viennent pèle-mèle pour chercher des passeports et des cartes d'identité, des attestations de résidence pour pouvoir demander passeports et cartes d'identité... et étrangers et vénézuéliens mélangés. Bah oui.. la DIEX malgré son nom (dirección de la extranjería = direction de l'étranger) ne s'occupe pas QUE des étrangers mais aussi des vénézuéliens.

Donc armé de patience et d'un bon tequeño (un beignet de fromage) je fais la queue et blablate avec mes compagnons d'infortune lorsque j'arrive enfin au bureau en question. C'est une pièce un peu sordide, du genre de pièces qui abritent les urgences du camp de prisonniers de Guantanamo ! Un énorme ventilo au plafond qui fait un bruit d'hélicoptère et 4 bureaux métallique de chaque côté de la pièce (de ces bureaux qui ont fait la gloire de M.A.S.H dans les années 80). Je cherche les employés qui logiquement ont tous une chemise rouge symbole de la révolution chaviste et je n'en vois qu'une seule. Dans le fin-fond de la pièce y'a une minette qui renseigne un clochard. Les gens sont tous assis et je finis par demander où est la queue.

- "Asseyez-vous! C'est ici la queue...".

J'ai donc joué à la chaise musicale pendant 10 minutes quand je vois depuis mon arrivée un groupe de jeunes chemises rouges qui rigolent derrière comme des dindes. Je décide de m'approcher de cette meute et je lance un SOS

- "siou-plait... je veux passer de touriste à transeúnte, comment je fais?".

A ma plus grande surprise, une des dindes me répond dans un langage tout à fait compréhensible pour qui fréquente les administrations depuis un bail :

- "Faut aller à Caracas, mon chéri !" me lance-t-elle avant de poursuivre ses commèrages avec ses congénères qui gloussaient d'entendre mon accent.
- "euh vous le faites pas ici??" lui lançais-je
- "non, nous ici on fait pas ça" (mais alors qu'est-ce qu'ils font si nombreux ici ???)
- "est-ce que vous savez au moins quelle est la liste des documents nécessaires? le temps que ça pren..."
- "...écoute chéri, ch'uis désolé mais je peux pas t'aider. Vas à Caracas !" et elle me tourne le cul.

Je décide d'abandonner la lutte. La bête était trop forte pour moi...

De retour à la maison je décide d'essayer d'appeler la fameuse DIEX de Caracas pour avoir les infos. J'appelle environ 198943583245 fois et rien. Notez tout de même qu'ils présentent un avantage certains sur notre administration française : chez nous on vous répond pour vous dire qu'on sait pas. Pire, des fois une machine décroche pour vous dire que c'est occupé. Juste pour nous faire enragé et payer la communication. Moi j'aimais bien la sonnerie occupée avant. Elle était chiante, mais gratuite ! Et pour le même résultat.

Bref, face à l'urgence de la chose, je décide de demande 2 jours à mon boss et je prends un billet de bus pour aller à Caracas. Je voyage de nuit le jour même et arrive à Caracas le matin, complètement congelé à cause de la clim à fond pendant tout le voyage.

Je me mets dans la queue qui démarre dehors sous une petite pluie tropicale. Je vois au moin 300 personnes qui attendent et donc j'estime que je vais passer toute la journée ici. Il est en effet presque 9h du matin et les bureaux ouvraient à 8h ! Apres une petite demi-heure, tout d'un coup tout le monde avance. En marchant tellement vite que mon basset de voisin de queue se met à courir pour maintenir le rythme imposé par les géants dont je faisais partie.

Une fois à l'intérieur pas d'indications ! Au lieu de mettre une indication du genre "1er étage cartes grises, 2e etage cartes identité, 3e passeports pour étrangers" les indications disent "escalier A, escalier B" et "zone A, zone 2". Résultat la queue pour les informations se forme, les gens râlent et les bureaux se remplissent au compte goutte. Je suis un peu perdu dans ce tumulte mais j'arrive à avoir l'info par mon nouveau voisin de queue (oui l'autre n'a finalement pas suivi le ryhtme, l'escalier lui a été fatal... moi j'avançais 3 marches par 3... lui à deux commençait à tirer la langue.) qui m'indique que le bureau pour moi c'est le 2ème étage à droite.

Enfin ! Juste une autre petite queue pour acceder à l'escalier en question et je me trouve dans mon éléments : plein de chinois et de rouquins qui veulent un sésame !

Hélas les bureaux sont vides. Et là HORREUR !!! J'apperçois dans un coin de la salle d'attente une autre meute de chemises rouges, le café à la main et qui glousse encore plus fort que la précédente. Cette fois je n'ose m'approcher... à l'heure du café, une dinde peut être extrêmement aggressive et m'empêcher d'obtenir ce pour quoi j'ai fait ce long périple de 12 heures de bus !

Soudain, chose surprenante, c'est une jeune fille sans chemise rouge (elle a du la mettre au linge sale) qui nous demande pourquoi nous sommes tous là. Quand enfin arrive mon tour elle me dit que je n'ai qu'à copier la liste de documents requis qui est sur le mur et revenir avec tout ça un lundi ou un mardi (on était mercredi).

- mais mademoiselle, je vis à 12 heures de bus d'ici... ça va pas être facile !
- alors reste à Caracas mon chéri !

Mon dieu... j'en avais la confirmation... c'en était une ! Une vraie dinde... on les reconnaît facilement à leur cri "mon chéri"...

- je peux pas je dois travailler, et en plus je connais personne ici !
- bah reviens plus tard alors ça coûtera moins cher ! Mais ne viens pas la semaine prochaine, c'est carnaval et personne ne sera là les lundi-mardi. Viens plutôt la semaine d'après.
- Mademoiselle, la semaine d'après je serai illégal dans ce pays, mon visa expire le 3 mars !
- bah t'as le temps non ?
- il y a que 28 jours en février...
- ah putain ! bon bah sors du pays et rentre à nouveau pour avoir 3 mois supplémentaires... SUIVANT!

J'étais scotché ! 12 heures de bus, 3 heures de queue pour ça !! Sans compter le voyage retour... Je me dirige quand même vers l'affichette format A4 qui ressemblait plus à une liste de courses qu'à autre chose. Je regarde et obervons la différence avec la précédente liste :
  • passeport valable 90 jours après la demande
  • lettre de motivation
  • attestation de résidence délivrée par la DIEX de chez moi (!!!)
  • certificat de santé
  • 4 timbres fiscaux de 1 unité tributaire (amen)
  • Permis de travail délivré par le ministère du travail (?)
  • 5 photos d'identité
  • une attestation de travail et la copie du registre du commerce de mon entreprise
Évidemment, ça fait beaucoup d'infos pour une seule page internet... rien de tel que de se déplacer pour prendre note. Je leur ai proposé d'actualiser leur page web s'ils le voulaient. Et la dinde m'a répondu une chose qui résume bien tout ça:

- mais non, la page web elle sert à rien !

Y'a pas que la page...

Épilogue : Je viens de découvrir que je pouvais prolonger mon visa de tourisme dans ce même bâtiment de la DIEX. Trop tard. J'ai environ 10 jours pour franchir la frontière et revenir sur le sol venezuelien. Rien de grave, le Brésil est à quelques heures en voiture. Mais c'est pas gagné d'après ce que je vois. J'ai tout de même un énorme avantage sur les autres, la prochaine fois que je vais à la DIEX à Caracas je ferai pas la queue au bureau d'information et j'irai directement au bureau des étrangers. C'est ça le privilège d'être un ancien.

Enfin, si d'ici là le bureau n'a pas démenagé...

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Une seconde bataille de gagnée...

Seconde victoire de la semaine !

Puisque Zulay était dans une situation difficile qui nous mettait économiquement dans une situation délicate, j'avais décidé de la rassurer et de trouver un job le temps que tout ça se passe. Pas le meilleur job du monde, mais au moins ramener un peu de sous.

Décision difficile à prendre car on continuait à me faire miroiter ce poste de responsable de la promotion touristique de l'État Bolívar... c'est sûr qu'un poste de traducteur, de prof de français ou de barman, ça na pas la même saveur. Mais c'était un cas de force majeure !

J'écris donc un mail au Trésorier de l'Organisme de Promotion qui est devenu au fil des années un ami et je lui explique l'urgence pour moi de travailler "VITE !". Il me répond dans l'heure que en ce qui concerne la promo de l'État ça risque de tarder vu que y'a querelles... par contre qu'il peut me faire une proposition qui est pas géniale mais qui m'aiderait.

Je me présente au rendez-vous fixé le lendemain. On discute un peu de la situation de Zulay dont il n'avait que la version "médiatique" où y'avait chamboulement mais sans plus. Puis il me propose le poste de directeur adjoint de son hôtel. M'explique que je gagnerai pas des milles et des cents mais que je serai l'employé le mieux payé et qu'il y a certains avantages. Il ne me demande pas tout mon temps libre et ne fixe pas d'horaire. Tant que je les aide, c'est parfait !

Me voilà donc directeur adjoint de l'Hôtel Laja Real****, pas trop mal payé, le repas de midi à la carte et au restaurant, mon bureau bientôt installé et surtout les mains libres pour faire ce que je veux. Ma mission est simple: améliorer tout ce qui est améliorable! Depuis le nettoyage des chambres, jusqu'à la promotion de l'hôtel... de la réception au service technique... bref tout !!

C'est en effet un boulot en or en attendant que ça se décoince au niveau de Bolívar Promotur.

Ceci dit, le directeur de l'Hôtel parle déjà de se reposer un peu et profiter de sa famille. Et pour cela il a besoin de quelqu'un de confiance pour gérer l'Hôtel... comme on dit ici: "a veces, la vida da vueltas" qu'on pourrait traduire par "la vie joue prend de ces virages des fois!"

Voici donc une seconde bataille de gagnée !!!

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Une bataille de remportée...

C'est le moins qu'on puisse dire !

Il y a 2 semaines, le Tribunal de Zulay reçoit une notification d'un Haut-Fonctionnaire qui leur signale que son chef, à ce moment Juge Superieur, tout récent Juge Recteur (=big boss de tout les juges de l'État Bolívar) et Coordinateur Laboral (=big boss de tout ce qu'il se passe en droit du travail dans l'état), sera remplacé par une Juge de première instance qui n'est même pas juge supérieure.

Pas la peine de faire un dessin à ceux qui regardent un peu la TV, c'est une affaire de corruption évidente ! La Juge promue est à fond pour les patrons. Le boss de Zulay s'est illustré dans une affaire de retraites non payées contre LA plus grande entreprise d'aluminium du pays... Ce qui surprend par contre, c'est que la corruption ne se cache pas et que les corrompus prennent des décisions aussi flagrantes !

Zulay ainsi que toute l'équipe du Juge remplacé allaient être licenciés sur le champ puisqu'elle a intercepté le futur organigramme du Tribunal dans lequel plus personne n'apparaissait. Par contre, la stagiaire archiviste tout juste diplomée de droit devenait l'assistante personnelle de la Juge promue et un Alguacil (genre d'employé du tribunal) passait aux archives. Une avocate passait Juge de 1ère instance etc... Bref, une véritable chaîne d'incapables corrompus se mettait en place.

Sauf que le Juge mis sur la touche à joué du téléphone et le jour de la cérémonie d'investiture de la Juge en question... le Haut-Fonctionnaire surprend tout le monde en confirmant l'ancien juge à son poste. Par contre il instaure une coordination tournante pour satisfaire la juge qui n'était quasiment plus promue à rien, de fait ! Il s'excuse pour sa maladresse etc.. là c'était comique !

Résultat, après maintes luttes de pouvoir, tractation et menaces... Zulay et une partie de son équipe vont être mutés à Ciudad Bolívar qui, en termes administratifs, est la capitale de l'État mais qui en d'autre terme est un bled perdu à côté de Pto Ordaz où elle travaillai jusqu'alors. Le reste de l'équipe est hélas viré et remplacé par les incapables cités plus haut.

Mais Zulay et moi on voit le résultat : de meilleures conditions de travail dans un tribunal où son équipe gèrera tout de A à Z, un lieu de travail proche de la maison, moins de boulot et moins de stress !

Voilà malgré tout une belle bataille de remportée ! C'est sûr, les corrompus-incapables ont pris le pouvoir là où ils le voulaient... mais tout se passe comme ça ici. Donc c'est une vraie victoire !

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